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The Story of Documentary Film (The 1970s) : La lutte continue

  • clementde-castelbe
  • 22 mai
  • 3 min de lecture

« Quand il est mort, sa caméra est morte avec lui »


Cap-Vert, un carnaval dans le Sahel (1979) - Sarah Maldoror


Le canadien Mark Cousins est venu présenter une partie de son essai colossal sur l’histoire du documentaire, fruit d'un travail de dix ans. Habitué du genre, il avait déjà pu établir ses histoires antérieurement. Premièrement sur l’histoire du film de fiction, deuxièmement sur l’histoire des femmes cinéastes. La durée de chacun de ces projets dépasse les dix heures. Dix-sept pour celui sur le cinéma de fiction, quatorze pour les femmes cinéastes, soit un travail à la fois rare et conséquent. Pour ce nouvel opus, le documentaire est le maître mot. Présenté initialement par chapitres, comme nous avions pu le voir à Sundance ou à Berlin, la projection cannoise s’est limitée à une époque, pas n’importe laquelle, celle des années 70. S’ouvrant par des images de Grease (1978), le film laisse place au documentaire par la grâce des Saisons (1975) - film et musique - que la magie de la programmation cannoise nous a permis de le découvrir une poignée d’heures auparavant grâce au programme « Pelechian Project ». Après quoi Cousins nous racontera l'histoire du cinéma documentaire des années 70.


Genèse d'un Repas (1978) - Luc Moullet



Pour commencer à entrer dans la substance du film, riche serait un mot convenable pour commencer à tâter cet iceberg. Riche d’abord, sur un aspect quantitatif. Bon nombre de films dits documentaires y sont cités, d’une vaste origine (Sénégal, Inde, Syrie, Chili…) et d’une grande diversité. Allant au-delà d’un simple film de montage, type diaporama, où les extraits s’enchaînent laissant place à son successeur dans un ordre chronologique, Cousins n’hésite pas à faire des allers-retours sur la frise chronologique, voire à la dépasser pour certaines exceptions. L’agencement des extraits se fait par approche thématique, commençant par développer sur des oeuvres traitant de sujets écologistes en citant des films comme le passionnant Origine d’un Repas (1978) de Luc Moullet, qui retrace le parcours des aliments de nos assiettes. Pour accompagner ces images agencées, le cinéaste nous narre, à nous spectateurs, cette histoire du cinéma. Allant au-delà de la simple fiche technique de chaque film, il nous guide dans le récit, mais surtout nous offre son regard. Cet accès à son regard nous permet de comprendre sa sensibilité (on l’entend s’exclamer avec des expressions comme « What a zoom! »), ce à quoi l’on pourrait cerner de la beauté dans les images, centrer notre regard sur des aspects cinématographiques définis, à l’image d’un enseignement auquel nous assisterions. Sous un autre angle, ces doubles impressions des images montrées - la sienne, la nôtre - offrent une dualité des points de vues. L’opportunité de pouvoir jongler entre ces deux visions est une offrande qui nous est apportée. Au sens strict, toute production se verra avoir des détracteurs et des admirateurs. Dans cette logique, le dialogue est nécessaire pour la bienséance de l’argumentation commune. En ça, cette dualité peut questionner le spectateur, si ce dernier ne se voit pas sensible aux divers matériaux employés au long du film. Cette ouverture au dialogue est primordiale n’importe où, donc aussi dans les salles de cinéma. C’est à cette nécessité que l’on voit l’intérêt des critiques de cinéma. Sans Bazin, Daney, Azoury et ce qu’ils représentent, l’ouverture à la discussion autour du cinéma - sans compter le cadre privé - s’y verrait restreinte. De plus, cette approche de narration surplombant les images permet aux novices du genre de pouvoir suivre un fil conducteur, et ainsi de ne pas être abandonnés sur le bord de l’autoroute. Tout le monde est le bienvenu pour en apprendre plus et dialoguer autour du documentaire. L’économie de son marché, ses auteurs et ses valeurs en font le genre le plus militant du septième art. Pour un monde plus libre, pour un cinéma plus libre, le documentaire nous accueille et Mark Cousins nous apprend à faire nos premiers pas.


CDC

 
 
 

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