"The Fast and the Furious" et "Shinkansen daibakuha" : hommage imparfait au cinéma d'action
- Clement Ruiz
- 23 mai
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 8 juin

Cette année, le film d’action est particulièrement mis à l’honneur au festival de Cannes, on peut notamment citer la présence du blockbuster coréen Hope en compétition officielle et bien que ce choix me semble inexplicable il m’est impossible de nier la légère satisfaction que j’éprouve face à la réaffirmation d’un genre régulièrement sous-estimé dans les sphères de l’intelligentsia cinéphile alors même qu’il nous a offert bon nombre de perles du 7ème art.
Les seuls problèmes qui se présentent à nous sont les films par lesquels se fera cette légère réhabilitation. Il est en fait assez triste que ce genre cinématographique soit représenté à Cannes par des long métrages au mieux sympas au pire médiocres voire franchement atroces.
On a déjà évoqué Hope dont la première partie magistrale ne fait que renforcer l’envie de s’immoler par le feu que nous procure la seconde. Mais The Fast & the Furious de Rob Cohen (2001), lui, n’a pas la chance d’avoir ne serait-ce que quelques instants un peu magistraux… ou juste…légèrement bien…divertissants ? au moins divertissant, s’il vous plaît.
Tout est de mauvais goût, médiocre, insultant et totalement dépassé.
Les scènes de courses ne sont pas atroces, clairement (le montage nerveux, les effets spéciaux qui ont étonnamment bien vieilli, les chorégraphies sont…ok) mais c’est à peu près tout. Et même une scène d’action extrêmement bien filmée (ce qui n’est pas le cas ici, c’est juste passable et elles pâtissent régulièrement de l’esthétique kitsch du début des années 2000) ne peut rien provoquer chez le spectateur sans être accompagné d’enjeu…et les enjeux ici ? Voler des postes de télévision ?
Les personnages sont unidimensionnels et jamais développés, le film ne raconte rien et ne veut rien raconter semble-t-il tant le scénario est inexistant.
Bref, en plus d’être un parfait exemple de tout ce que l’on a l’habitude de reprocher à une partie du cinéma d’action rien ne justifie que ce film soit diffusé au sein du Grand Théâtre Lumière.
Sa présence au festival m’étonne et me questionne, l’argent d’Universal est sans doute passé par là, mais je ne peux que réprimer une telle idée, j’exècre le simple fait qu’elle me traverse l’esprit tant cela me semble tout à fait hors de propos lorsque l’on parle du plus grand festival de cinéma au monde.
Alors que Vin Diesel et Paul Walker s’étaient soudain mis à faire une course pour voir qui des deux avait le plus gros moteur, celui qui leur permettrait de passer sain et sauf par-dessus une voie ferrée avant le passage d’un train (l’imagerie homoérotique est si évidente et pourtant si peu volontaire ici qu’il me semble inutile de l’expliquer et que cette scène censée être l’un des plus grands moments du film devient immédiatement ridicule) mon esprit s’est mis à vagabonder, tout d’abord sur la femme qui se trouvait à ma droite puis sur le nœud papillon qu’elle avait trouvé par terre et qu’elle me tendait puis sur la dimension morale des diverses options qui se présentaient à moi, je pouvais totalement le garder juste pour une ou plusieurs séance de gala avant de le rendre à l’accueil du palais…ou devais-je plutôt le rendre immédiatement ? Je pouvais aussi le garder définitivement…mais ça s’apparenterait à un vol en un sens…je pense.
Je n’ai aucune réponse à donner à ce questionnement et à vrai dire il m’intéresse et m’intéressait assez peu… je m’ennuyais surtout beaucoup même s’il y avait le réalisateur du dernier Evil Dead à droite…juste à côté de cette femme qui me tendait ce nœud papillon en polyester…et qui était d’une beauté foudroyante…mais comme je l’ai pas vu (Evil Dead pas la beauté foudroyante de la femme qui me tendait le nœud papillon en polyester)…je continuais à m’ennuyer pas mal alors je me suis mis à me questionner sur ce qu’il reste à l’humain une fois qu’il abandonne toute dignité…probablement Vin Diesel.
Heureusement, Shinkansen daibakuha ou The Bullet Train, blockbuster japonais de 1975 réalisé par Jun’ya Satō était diffusé le lendemain au cinéma de la plage.

Cette sorte de mélange entre film d’action et thriller sur un train piégé n’est clairement pas un chef d’œuvre du cinéma, on est à mille lieues des blockbusters du Nouvel Hollywood par exemple, ou des films d’arts martiaux hongkongais des années 80. Mais il faut l’admettre, ça reste un film clairement honnête qui s’écarte parfois de la voie du divertissement pour développer une vraie réflexion (pas très fine ni très originale mais on se contente de ce qu’on a) sur le rapport au rêve dans un système capitaliste, que l’on sait particulièrement important dans la société japonaise.
Ici, c’est bien le scénario plus que la réalisation qui marque. Si cette dernière est fonctionnelle, parfois plus que dans The Fast & the Furious, le train semblant régulièrement plus rapide que les voitures tunées de ce dernier, elle n’a absolument aucune extravagance ni réel intérêt.
Le récit en revanche est assez fascinant par son originalité, notamment dans la manière dont il va tirer pleinement parti de sa nature de film choral pour lier plusieurs parcours, parfois même ceux de personnages que l’on aura aperçu pendant à peine quelques minutes afin de tracer diverses trajectoires où se mêleront questionnements moraux, relations intimes et, très régulièrement, destins tragiques.
En outre, c’est par son analyse assez fine du personnage de Tetsuo Okita, l’antagoniste principal puisque c’est lui qui a posé les bombes sur le train et va donc être à l’origine de l’action, que le film déploie à la fois ses meilleures idées narratives et ses images les plus marquantes notamment dans cette dernière séquence où fatalité et fantasme viennent se mêler dans un échange de regard avec un avion s’éloignant dans un ciel ténébreux.
Shinkansen daibakuha réussit là où The Fast and the Furious échoue totalement. En plus d’avoir une mise en scène légèrement plus efficace et marquante il approfondit réellement des thématiques spécifiques et introduit des personnages complexes auxquels le public s’attache inévitablement, mettant ainsi en place de vrais enjeux qui permettent aux spectateurs d’être pleinement investis dans les séquences d’actions.
Clément RUIZ


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