Rendez-vous avec Peter Jackson : rencontre avec un cinéphile cinéaste
- miafroidevaux
- 20 mai
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 5 juin
"La première fois que je suis venu à Cannes, la sécurité m'a refusé l'accès au festival car je portais un short. Aujourd'hui, j'aurais voulu revenir ici en short mais je suis trop lâche pour ça."
Il y a quarante ans, Peter Jackson venait à Cannes présenter son premier film Bad Taste au Marché du Film. Cette année, il reçoit la Palme d'Honneur du festival et donne une masterclass aux festivaliers dans laquelle il fait une retrospective de sa filmographie et expose sa perception du cinéma.
Peter Jackson est avant tout un cinéphile. La découverte du film King Kong à huit ans est une révélation pour lui. Il réalise alors sa propre version du film avec la caméra Super8 de ses parents et en animation. L'enfant qu'il était ne pouvait pas imaginer qu'un jour il réaliserait sa version de King Kong à Hollywood en 2005. Une version où il s'intéresse au ressenti du monstre et où il développe un sous-entendu de romance entre la Belle et la Bête. Dans le film de 1933, le personnage féminin n'est pas développé elle est seulement effrayée par le monstre qui la kidnappe. Peter Jackson explore ce personnage et celui du monstre. Il consulte même l'actrice du film original, Fay Wray, qui aurait d'ailleurs dû avoir un rôle dans le film mais qui est malheureusement morte avant le début du tournage.
C'est cette cinéphilie qui est la source de son premier film, Bad Taste : "J'adore les films gores j'ai donc décidé de faire le mien." La philosophie de Peter Jackson est de faire les films qu'il aimerait voir en puisant son inspiration dans les films qu'il aime. Il fait des films pour lui et a sa cinéphilie comme seule motivation.
Ainsi nait d'abord son premier cycle de films composé de comédies gores : Bad Taste, Les Feebles et Braindead. Des films dont le petit budget a poussé le réalisateur et son équipe à redoubler d'imagination pour faire des effets spéciaux plausibles. Selon Peter Jackson, le film de genre est justement la meilleure façon de commencer dans le cinéma car il ne nécessite pas forcément beaucoup de moyens au contraire il est important d'avoir recours à son imagination.

Le journaliste Didier Allouch qui animait le rendez-vous a ensuite abordé un second cycle : l'adaptation de faits-divers en thrillers avec Heavenly Creatures et Lovely Bones. Le réalisateur se dit pas amateur de true crimes mais d'avoir été porté à en adapter. Au sujet de Heavenly Creatures, il souligne l'importance de la factualité dans le processus d'adaptation. Il s'agit d'un vrai fait divers néo-zélandais et il a rencontré des témoins, des policiers, des juges qui ont suivi l'affaire et a obtenu la consultation du journal intime de l'une des deux jeunes filles. Même le fantastique du film est factuel car il est issu des descriptions faites dans ce journal intime d'un monde merveilleux (surement enfanté par la drogue).

Mais le grand projet de la filmographie de Peter Jackson c'est Le Seigneur des Anneaux. Un pari risqué mais réussi d'adaptation de l'oeuvre de Tolkien. Didier Allouch a soulevé la complexité d'adaptation d'une telle oeuvre et des images différentes qu'elle fait naître dans l'esprit des lecteurs.ices, ce à quoi Peter Jackson a répondu que au contraire Tolkien est tellement descriptif que des images communes naissent dans les différents esprits et que en regardant Le Seigneur des Anneaux chacun est satisfait et retrouve ses projections personnelles. Les livres ont vraiment servi de guide à l'adaptation, malgré tout de même quelques libertés prises, ne serait-ce que dans la forme. Peter Jackson confie que l'adaptation était d'abord pensée comme un seul film mais il s'est rapidement rendu compte que c'était impossible de résumer ainsi les livres et a choisi de faire une trilogie découpée de la même manière que la trilogie originale.
D'ailleurs, lui et les autres scénaristes (Fran Walsh et Philippa Boyens) n'ont pas traité l'oeuvre de Tolkien comme de la fiction mais comme une oeuvre historique. Un travail aussi permis par cette grande descriptivité des différents livres de Tolkien mettant en place un univers très riche et détaillé.
Didier Allouch a aussi remarqué la grande lisibilité des séquences de bataille de la trilogie qui ont un géographie très claire malgré leur gigantisme. Peter Jackson a révélé le truc : ne pas enchainer plus de trois plans sans montrer un personnage principal. Ainsi la bataille gagne de la lisibilité sans perdre son immensité.

Puis le cinéaste a abordé son cylce de documentaires en montage d'images d'archives. They should not grow old réalisé à l'occasion du centenaire de la Première Guerre Mondiale et Beatles : Get Back une série sur la séparation du groupe.
Dans They should not grow old, Peter Jackson a voulu réinsuffler de la vie et de l'humanité dans ces images d'archives en noir et blanc et au rythme différent selon le tour de manivelle. Il les a donc mises en couleur et uniformisées au format de vingt-quatre images par secondes. Ce procédé est réalisé grâce à un ordinateur qui au lieux d'étirer ou raccourcir les photogrammes va créer des espaces vides entre eux et compléter ces espaces avec des photogrammes générés à partir des autres. "Ces personnes étaient en couleurs, voyaient la vie en couleur, ces gars sont des humains". Donner ce réalisme aux images sans leur retirer leur valeur d'archives renforce la confrontation du spectateur à ces évènements. Ce travail d'authenticité est aussi présent dans le son du film puisque toutes les voix qu'on entend appartiennent à des personnes qui ont vécu la Première Guerre Mondiale.
Avec The Beatles : Get Back, Peter Jackson satisfait sa passion pour le groupe en accédant à des rushs filmés par les membres au moment de leur séparation, des images jusque là restées secrètes par volonté des Beatles.

Les projets à venir de Peter Jackson ont aussi été évoqués. Notamment la question d'un deuxième Tintin qu'il est censé réaliser après avoir produit celui de Spielberg. Ce nouveau Tintin se concrétise car il nous a confié "je travaille en ce moment même sur le scénario, dans ma chambre d'hotel à Cannes". Dider Allouch lui a aussi demandé quelle sera son implication dans Hunt for Gollum un préquel du Seigneur des Anneaux. Peter Jackson affirme n'avoir pas envie de le réaliser car qui mieux que Andy Serkis, la personne la plus familière avec le personnage de Gollum, pour réaliser ce film.
Le journaliste lui a aussi demandé quel est son positionnement au sujet de l'IA, un enjeu préoccupant dans le monde de l'audiovisuel. Pour Peter Jackson le plus grand danger et défaut de l'IA est le non respect de sdroits, "si les droits n'étaient pas volés je l'accepterais". Pour lui l'IA peut être un bon outil de création au service d'un imaginaire mais ne doit pas voler l'imaginaire des autres.
Mia FROIDEVAUX


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