Nostalgia for the future : un poème audio-visuel adressé à la mémoire de Chris Marker
- miafroidevaux
- 23 mai
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 5 juin
Nostalgia for the future est présenté comme un documentaire. Or, ce film n’est pas vraiment un documentaire mais plutôt un film de non-fiction qui repose sur le montage. On suit Brecht Debackere (le réalisateur) dans ses recherches sur les archives de Chris Marker. Une enquête de grande ampleur dans les vestiges du regard du cinéaste, jusque là gisant trié et classifié dans les stocks de la Cinémathèque Française. Brecht Debackere sort ces cartons de leur repos, les explore et les interroge.
Chris Marker est un grand cinéaste dont le nom reste méconnu, il a réalisé un "roman-photo" pillier de la science-fiction : La Jetée, qui a été revisité et un peu occulté par L’Armée des Douze Singes de Terry Gilliam. Il a aussi réfléchi à la notion d'objectivité dans le documentaire et notamment vis-à-vis de la voix off dans Lettres de Sibérie.

Cette phrase ouvre La Jetée. Et c’est cette image que Brecht Debackere cherche dans les archives, une image qui travaille le cinéaste depuis ses vingt ans et qu’il projette dans ses films qui, selon lui, sont toujours les mêmes avec pour seul changement l’identité des personnages.
La forme même de ce film est très intéressante puisque tous les procédés exposent cette recherche du désir de Chris Marker vis-à-vis de ses archives. La voix-off s’adresse au cinéaste et le questionne directement. Les images sont à la fois des images de ses archives et des images filmées par le réalisateur qui essaie de percevoir son monde de la manière dont Chris Marker aurait pu le percevoir et en marchant dans ses traces toujours à la recherche de cette image qui aurait pu servir de départ au cinéaste : un voyage ? le chemin quotidien pour retourner chez lui ? La magie du montage assemble le tout avec une grande poésie. Je pense notamment au début avec une « valse des archives » splendide.
Ce film est un poème envoyé par correspondance non pas au spectateur mais à la mémoire de Chris Marker. L'âme, la vie et le travail du cinéaste ne sont pas disséqués froidement comme c'est si souvent le cas dans les documentaires, Brecht Debackere explore simplement et adopte la poésie de Chris Marker pour rentrer en écho avec lui.
En regardant ce film on ne nous expose pas des faits mais une vision. On n'apprend pas tous les détails de la vie et de l'oeuvre de Chris Marker mais on est portés dans son regard. Et comment mieux apprendre à connaître quelqu'un qu'en découvrant sa perception du monde, guidés par un expert passionné de ce regard et qui cherche à en découvrir le mystère sans le forcer mais en se laissant guider par lui.

Mia FROIDEVAUX


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