Maverick : The Epic Adventures of David Lean - Bandez-nous
- clementde-castelbe
- 24 mai
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 6 juin
Plus reportage que documentaire, le film Maverick : The Epic Adventures of David Lean (2026) nous laisse un goût amer en bouche. Trop amer. Produit purement américain où la gloire de la méritocratie aveugle sa masse, le film nous narre de façon (trop?) factuelle la vie du britannique David Lean. Entremêlé d’archives des films de Lean, d’archives de sa vie privée, d’interviews de personnalités contemporaines du cinéma (Coppola, Villeneuve, W. Anderson…), le film est narré par Cate Blanchett et les pensées de Lean sont récitées par Kenneth Branagh. Là où le cinéaste Brecht Debackere de Nostalgia for the Future (2026), présenté aussi dans la section de Cannes Classics cette année, réussit à créer sa propre voix au milieu du travail de Chris Marker grâce à des procédés de mise en scène propre à lui, celui de Maverick y échoue. Pire encore, il tord les images que son sujet de travail a pu créer. Par ses effets visuels modifiant constamment les images (ajout de textes sur l’écran, mise en évidence du sujet en enlevant l’arrière-plan, coupes de montages), la magie même que peuvent provoquer les images de Laurence d’Arabie (1962), du Pont de la Rivière Kwai (1957) ou du Docteur Zhivago (1965) se voit être rompue.

Film dangereux dans sa forme, il pourrait être un bon exemple d’un produit de propagande. Alors qu’un point de vue est narré, mettant dans une posture d’invisibilisation et de moquerie des autres parties, le portrait du cinéaste s’ouvre à nous. Dieu, génie, grand, que de superlatifs pour nous parler d’un homme dont les travaux finaux sont admirables, mais dont sa persona n’est jamais remise en question. Le plus choquant reste le rapport qu’entretenait le britannique avec les femmes. Ses femmes, comme le documentaire portait ces dames comme étant siennes, lui appartenant comme de vulgaires objets. Le fait que David Lean ait eu cinq ou six femmes - avec qui il s’est marié - ne sert qu’à entretenir un rapport de sympathie comique auprès de son spectateur. Jamais le film ne remet en question le comportement troublant et problématique de son sujet. C’est encore plus choquant d’entendre les voix narratives s’amuser du fait qu’il ait marié une dame ayant la vingtaine alors qu’il en avait plus que le triple. Evidemment, les temps ont changés et les fondements moraux évoluent, mais cela ne remet pas en cause que le film a été réalisé à notre époque et donc que c’est à ce moment-là que le cinéaste doit s’imposer. La problématique sous-jacente à ces phrases résident dans la façon de travailler avec ces faits. Ils ont eu lieu à un instant donné, maintenant il faut pouvoir s’en emparer pour en parler. Recracher un point de vue n’apportant aucun questionnement à son spectateur résulte en une manipulation pour ce dernier. Le feu Peter Watkins parlait souvent de cette manipulation par le rapport des images avec leur spectateur. Plusieurs composantes à ce souci d’après lui, y compris un montage autoritaire empêchant la liberté au spectateur de pouvoir réfléchir, mais aussi de faire preuve d’une hiérarchie fermée entre les personnages d’un film. Ici, David Lean paraît trop grand que l’on n’ose pas le confronter, tâter ses soucis, tout ce que l’on cherche, c’est à glorifier à tout prix un nom. « L’art pour l’art ! » disaient-ils !
Des films sur des cinéastes, il y en a une ribambelle. Evidemment les Cinéastes de notre temps en sont un bon exemple créant des combinaisons inattendues comme lorsque Marker a pour sujet Tarkovski ou que Rohmer a pour sujet Dreyer, mais d’autres films travaillent sur l’espace de liberté artistique pour parler d’un autre. Rozier a eu pour sujet Moreau avec Jeanne Moreau : Vive le Cinéma (1963), Achard a eu pour sujet Mazuy avec Patricia Mazuy : Avant Saturne (2022) et tous parviennent à mettre d’eux dans l’autre. Art de la collaboration artistique, le cinéma nécessite une continuité dialoguée et partagée entre les partis. Devant Maverick, on ne peut s’empêcher d’avoir des images déplorables du metteur en scène salivant devant David Lean. Propos sûrement déplacé, néanmoins l’impression provoquée résulte de ces projections d’images. Le film manque cruellement d’audace, de questionnement et d’âme.
En bref, même si le cinéaste reste grand un nom incontournable dans l’histoire du cinéma et que les films subsistent, autant aller pleurer une nouvelle fois devant Brève Rencontre (1945) et d’aller lire un livre sur Lean que de s’infliger Maverick.
CDC



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