"Une vie manifeste" : le portrait d’une combattante oubliée signé Jean-Gabriel Périot.
- rosemorales7
- 18 mai
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Dernière mise à jour : 20 mai
« Je suis une combattante révolutionnaire ». Voici les derniers mots prononcés à la fin du film, Une vie manifeste de Jean-Gabriel Périot.
A travers ce documentaire qui paraît pour la première fois à Cannes, on suit la vie trépidante et mouvementée de Michèle Firk, journaliste, critique de cinéma et militante anticolonialiste française, très vite oubliée sur la toile. Avec des images d’archives photographiques et des extraits de films illustrant les propos narrés par Nadia Tereszkiewicz et Alice Diop, on découvre la femme qu’elle était et les combats qu’elle menait.

Une question me taraude : Périot est-il familier avec ce genre de film ? Après discussions et recherches, je découvre que le documentariste est de retour à Cannes pour la deuxième fois. C’est en 2021 qu’il fait sa première apparition à la Quinzaine des réalisateurs avec Retour à Reims interprété par Adèle Haenel , un documentaire inspiré du livre de Didier Eribon sur le monde ouvrier des années 50 jusqu’à aujourd’hui.
Jeudi 14 mai 2026, en avant première (sélectionné dans la section Cannes Classics) la salle Bunuel est bondée pour cet hommage à Michèle Firk. Et je n’ai pas peur de dire que les trois quarts de la salle, moi comprise, n’avait encore jamais entendu parler d’elle ou seulement vaguement.
Grâce aux écrits dispersés de Firk, Périot arrive à reconstituer une histoire entraînante me permettant de me réconcilier avec l’art du documentaire. Les images alternent entre photographies d’archives en noir et blanc, capturées par Firk elle-même lors de ces quêtes ainsi que des extraits de films comme La Comtesse aux pieds nus. Il y a peu de photos d’elle, seulement assez pour la reconnaitre parmi tant d’autres. Les voix envoûtantes des deux narratrices apportent une certaine vibration au film, qui ne nécessite pas de musiques de fond. On tient ici un diamant brut.
C’est en 1937, sous un début d’oppression allemande que Firk nait. Une vie manifeste naît en 2026, dans un monde ponctué de guerres et de tumultes. On peut trouver ici un parallèle assez saisissant. Issue de la religion juive, elle et sa famille sont très vite déportées dans les camps. En 1956, elle intègre l’IDHEC puis collabore à la revue Positif. Dans ce documentaire, on suit son riche parcours de militante. A 31 ans, lorsque la police guatémaltèque frappe à la porte de son appartement pour la questionner et la torturer sur ses activités après l’arrestation de son amant, elle se tire une balle dans la tête en guise d'échappatoire. Elle ne tournera aucun film.

Pendant 1h26, on suit les combats symboliques qu’elle a mené aux quatre coins du monde pendant plus de 20 ans. Elle manifeste contre la guerre en Algérie avec le FLN, en Amérique latine et jusqu’au Guatemala aux côtés d’hommes qui la stimulent dans ses luttes. On découvre une femme pleine d’ambitions et de principes révolutionnaires - être née pendant la Seconde Guerre Mondiale peut aider se forger - , qui pour ma part m’inspire et inspire les femmes de tout horizon.

En 2026, la sélection Cannes Classics fait une ode à la féminité avec un grand nombre de femmes réalisatrices, actrices ou encore productrices (Plyta, Blanchett, ou encore Gong Li parmi tant d’autres). Une vie manifeste y trouve bien sa place.
Rose Morales.


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