Un Homme et une Femme (1966) : Pas de pitié pour les chasseurs
- clementde-castelbe
- 24 mai
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Dernière mise à jour : il y a 4 jours
Montmartre 15-40
60 ans après sa présentation au Festival de Cannes en 1966, où il fut lauréat d’une Palme, quel ne fut pas le plaisir d’avoir l’opportunité de (re-)voir le film de Claude Lelouch. Culte parmi les cultes, Un Homme et une Femme (1966) avait déjà fait un saut sur la croisette, mais au-dessus de l’écran, sur l’affiche du festival de 2025. Deux affiches tirées d’une même séquence de câlin. Une fois Anouk, une autre Jean-Louis, le Cha-ba-da-ba-da se lance.
Les sourires s’esquissent dès les premières images du film. Une jetée, une mère et son enfant et une histoire narrée qui déplaît au plus jeune. Puis, une voiture, un père et son fils et une mise en scène entre les deux où le plus jeune jouerait au chauffeur de son père. Deux situations qui nous permettent d’effleurer le monde professionnel dans lequel les adultes évoluent respectivement. Elle, c’est le cinéma, là où on y raconte des histoires, où elle y est scripte. Lui, c’est l’automobile, là où on y fait frémir les moteurs, où il est coureur. Si leurs chemins se croiseront, c’est justement grâce à ces voitures. Une fois après avoir déposé son enfant à l’internat, le personnage d'Anne Gauthier, interpreté par Anouk Aimée, se voit perdue faute d’avoir réussi à prendre son train. Ce à quoi le personnage de Jean-Louis Duroc, interprété par Jean-Louis Trintignant, peut aider, car il est en voiture et se dirige dans la même direction. Alors, homme et femme se retrouvent assis conjointement et apprennent à se connaître. Par tâtonnements d’abord, sans vouloir brusquer l’autre, où la caméra vacille entre des plans les comprenant les deux, un après l’autre, plus proches et montés de façon plus rythmée comme une hâte flirtive. On sourit de cette situation charmante où, par le malheur d’avoir raté son train, on a le bonheur de connaître quelqu’un. Sauf que, en se présentant, elle parle de son mari, un cascadeur. Images musicales et en flash-back, on le découvre ce cascadeur avec sa femme. Des images quelque peu utopiques nous surviennent, celles d’un paradis idyllique où se montrent passion, intimité et liberté. Malheureusement, une fois arrivée au pied de sa porte d’entrée, elle nous montre que son mari n’est plus. Elle ne le dit pas, les images le montrent. Une cascade périlleuse qui résultera en un feu. Feu sur la terre, feu mari, faut-il s’en attrister pour la future escapade romantique que l’on va nous narrer ?

Un Homme et une Femme est un film qui brille par la complicité qu’il crée au sein du dialogue avec son spectateur. Déjà par le charme de ses interprètes, où Lola du film éponyme rencontre Roberto du Fanfaron (1963), les deux figures forment une symbiose tant douce qu’affectueuse. Après Gabin-Morgan, Bogart-Bergman, Stewart-Kelly, un nouveau couple emblématique du cinéma est né. Après le Trintignant-Bardot, place au Trintignant-Aimée pour chavirer les coeurs. S’il faut reconnaître que le film ne brille pas nécessairement grâce à son scénario - peut-être plus les dialogues -, le travail établi sur l’ambiance du film le transforme en une sphère de confort. Amateurs de bossa-nova, l’heure est votre pour vous torpiller. Les douces mélodies signées Francis Lai, Pierre Barouh et Nicole Croisille sont de retour pour nous bercer. Film musical en un sens, Un Homme et une Femme essore les possibilités que la musique peut offrir au cinéma. Tantôt extra-diégétique, tantôt intra-diégétique, la musique soulage et compresse les images.
Alors que les cinéastes de la Nouvelle Vague ont lancé la tendance de filmer caméra à l’épaule, Lelouch y adhère également. Toutefois, allant au delà de la simple captation des comédiens, le film se colle fréquemment à des changements de couleurs. Résultat d’un coût trop excessif pour des bobines de pellicule en couleur, bon nombre de séquences ont été captées en noir et blanc. Ces séquences en noir et blanc ont été gardées pour celles ayant un rapport d’intimité entre les personnages, là où les explosions du mari cascadeur ou les courses automobiles de Trintignant resplendissent de leurs chaudes et vives couleurs. On ne peut s’empêcher d’y faire une liaison avec les clichés du cinéma contemporain où le film d’auteur intimiste est en noir et blanc face au film de blockbuster spectaculaire jaillissant par ses couleurs. Si réussir son travail de metteur en scène réside dans l’orchestration des différentes contraintes une fois sur le tournage, ce qui pouvait être une coquille s’est transformé en beauté et en choix artistique. Alors il faut reconnaître le travail de Lelouch qui a également réalisé les prises de vues qui ont été sublimées par le travail des deux directeurs de la lumière, à savoir Patrice Pouget et Jean Collomb. Le résultat final est radieux et on se perd volontiers dans les paysages maritimes où chantonnent les mouettes.

Lorsque l’on se questionne sur le fondement de la narration, à savoir qui la prend en charge, nous pourrions penser trouver une équité entre homme et femme, où les points de vues s’accompagneraient main dans la main, néanmoins il faut reconnaître que nous avons plus accès à la psyché du personnage de Jean-Louis. Une longue séquence y porte serment : le retour depuis « Monte-Carl’ » jusqu’à chez Anne Gauthier. La voix-off surgit. On entend ses pensées - réjouissances et doutes - quant à ses retrouvailles avec sa prétendante. En épousant son point de vue, Lelouch nous fait autant une grâce qu’un coup dans le dos où l’on aurait bien apprécié conserver une pluralité plus neutre de chacun chacune. En contrepartie, les réflexions émises par le personnage masculin sont assez réjouissantes à entendre. Ces situations d’ébauche des premières fois apporte une nervosité où l’on redevient frémissant comme un petit garçon. Si le petit Géo des Roches Rouges (2026) est incontrôlable, le grand Jean-Louis l’est autant plus. L’imaginaire devient alors un lieu de refuge où fantasmes se battent contre désespoir.
Moi non plus, Jean-Louis, je n’ai aucune psychologie féminine. Moi non plus.
CDC



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