Le Labyrinthe de Pan : Un film à regarder avec des yeux d’enfant ?
- Emma Boublil
- 23 mai
- 2 min de lecture

Le Labyrinthe de Pan est un film fantastique de Guillermo del Toro sorti en 2006. Dans l'Espagne d'après-guerre civile, Ofelia et sa mère vont vivre chez le commandant Vidal, qui chasse les révolutionnaires. En se baladant, Ofelia découvre un labyrinthe habité par un faune qui la mettra sur la voie d'une quête magique.
Dire que le Labyrinthe de Pan est un chef-d'œuvre me semble absurde. Cela fait 20 ans qu'il est sorti et de nombreuses autres critiques l'ont déjà salué. Que ce soit pour sa maîtrise du fantastique ou son utilisation de l'onirisme pour raconter une enfant qui veut survivre à la terreur du franquisme. C'est l'un des meilleurs films fantastiques.

Cette séance était très émouvante par la présence de Guillermo del Toro. Il semblait avoir du mal à recevoir les applaudissements du public. Ce fut étrange de voir un géant du cinéma si humble. Cette première séance au festival de Cannes est inoubliable.
J'aimerais me pencher sur l'expérience de revoir ce film en tant que jeune adulte.
Cette projection était la deuxième fois que je regardais le Labyrinthe de Pan, et durant toute la séance, j'étais en larmes. Oui, le sujet abordé est triste mais c'était autre chose qui me touchait. Avec mes yeux de jeune adulte, je n'arrivais plus à croire que le faune et les autres créatures étaient réelles. Petite, je croyais au monde que voit la protagoniste, à ses aventures fabuleuses et à son échappatoire vers un royaume magique.
La beauté du film repose en partie sur la maîtrise du genre fantastique. Dans le roman fantastique, l'ambiguïté est clé: le lecteur ne doit pas être sûr que ce qu'il voit est un rêve ou la réalité. Dans son essai Introduction à la littérature fantastique de 1970, Tzvetan Todorov dit: « Le fantastique, c'est l'hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un événement en apparence surnaturel. » Guillermo del Toro ne donne aucune réponse sur la véracité du monde magique, il ne laisse que des petits indices qui ne permettent aucune certitude. Ainsi, une grande place est laissée à la subjectivité du spectateur. Chacun, avec sa sensibilité, son vécu et son imaginaire, interprète l'histoire différemment et cette interprétation peut aussi évoluer avec le temps.
À Cannes, j'ai vu Ofelia mourir à la fin.

Cette projection m'a fait me rendre compte que je passais du côté des adultes. Comme le commandant qui ne voit pas le faune et Mercedes pour qui la porte magique n'est qu'un dessin à la craie, je ne partageais plus le regard d'Ofelia.
J'ai ressenti une profonde nostalgie pour l'enfance, où la magie se cachait dans tous les recoins. C'est un film qu'il faut revoir, pour vivre la puissance de l'imagination à travers le regard de cette petite fille. Guillermo del Toro ne propose pourtant pas un imaginaire idyllique: il fait cauchemarder sa protagoniste. Il crée un fantastique sombre où il faut sacrifier un nouveau-né, éviter un monstre mangeur d'enfant et donner son sang pour sauver sa mère. Montrant que le fantastique n'est pas une échappatoire facile vers un monde idyllique mais une façon de digérer le réel. L'imaginaire est puissant.


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