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"L'Âge d'or" (Bérenger Thouin) - Derrière les archives, une histoire floue

  • lilouromans
  • 15 mai
  • 3 min de lecture

Production datée de 2026, « L’Âge d’or », premier long-métrage de Bérenger Thouin, était pourtant bien présenté dans la section Cannes Classics ce jeudi 14 mai. La raison est simple, et constitue l’attrait majeur de l’œuvre : Le film raconte l’histoire fictionnelle de Jeanne (Souheila Yacoub) au fil d’une première moitié de XXe siècle mêlant à ces images de fiction celles d’archives de l’époque. Fiction et réel se mêlent, dans un geste dont les curieuses ambitieuses peinent parfois à aboutir.



L’entreprise est alors menée sous les auspices d’une rigueur technique assez irréprochable, dépassant rapidement le caractère « uncanny » de quelques images pour mêler, au renfort d’une photographie très appliquée, soignée dans sa texture, matériel contemporain et archive. Difficile alors de cacher combien la mise en marche de cet étrange concept captive assez de son seul exploit technique plus que remarquable.

Pour autant, le geste se laisse voir rapidement caduc tant la grande Histoire que convoque le métrage se circonscrit bien souvent à un contre-champs, une vignette observée dans le cadre d’une fenêtre, pendant que la petite histoire se joue à l’intérieur. Accuser l’intégralité du geste serait mentir tant il regorge çà et là d’instants suspendus par son hybridité fascinante. Pourtant, c’est bien là le premier indice qui laisse poindre les limites narratives du film.


À vouloir raconter « l’histoire », Bérenger Thouin fige sa fiction sur un papier glacé rapidement contraignant. A la manière d’un livre d’histoire, les événements s’enchaînent, les uns après les autres, sans qu’aucun conflit ou accroc ne semble véritablement animer cette structure épisodique bien artificielle, qui s’installe donc chronologiquement plus qu’elle ne vit organiquement. En découle un socle narratif fragile, peu engageant malgré une Souheila Yacoub plus qu’impliquée et juste, mais ne pouvant donner corps à un récit aussi facilement fluide.


La méthode restreint alors une finalité pourtant appliquée, celle de redonner vie à celles effacées parmi les archives, ces femmes rendues objets de leur vivant comme dans les images qui en restent. Il s’agit de refuser la fixation, dans un récit d’empowerement certes habile dans son approche trouble, toujours à la retenue de figures de réussites nécessitant la violence, mais à nouveau freiné dans son potentiel satisfaisant puisque trop fluide, facile. C’est là la vraie difficulté de « L’Âge d’or » : faire communiquer la grande Histoire et celle de Jeanne, les parallèles restant au stade du théorique tant la seconde s’isole, se retranche dans un intime en îlot. Le plus agréable dernier quart du film en est le meilleur témoin : c’est en se détachant de la grande histoire et des archives, laissés dans un arrière plan psychique plutôt que visuel, que le récit peut prendre sa pleine ampleur et enfin prétendre raconter les violences de cet âge d’or trouble, où aucun pouvoir n’est tout blanc.


Le projet s’entérine donc malheureusement bien davantage du côté du théorique, qui questionne alors franchement. Que penser du geste récurrent qui redouble certaines images d’archives pour leur faire dire autre chose ? Si « La Voix de Hind Rajab » avait soulevé, l’année passée, quantité de questions sur l’utilisation de contenus réels à des fins fictionnelles et dramaturgiques, le film de Bérenger Thouin, bien loin d’en effleurer l’indécence, fait ressurgir le trouble derrière ce genre d’initiatives. Même dans l’insignifiant, une étrangeté doucement gênante règne, signe d’un besoin de dialoguer avec les images, de les comprendre, bien plus que de les utiliser pour raconter sa propre histoire, quitte à réécrire les choses et naturaliser un geste pourtant nécessaire à interroger. L’enjeu est de taille, au moins autant que le danger.

 
 
 

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