"Eva" de Maria Plyta : une oeuvre oubliée mais restaurée
- rosemorales7
- 21 mai
- 3 min de lecture
Eva de Maria Plyta est un film de la sélection Cannes Classics qui m’a tout de suite tapé dans l’oeil. Je ne saurais trop comment l’expliquer, mais une raison est évidente : Maria Plyta est la première femme réalisatrice Grecque.

Née en 1915, Plyta se spécialise dès son plus jeune âge dans l’écriture. Dans les années 1940, elle publiera deux romans (Tied Wings et Chains), qui seront déjà centrés sur le féminisme, la pression sociale de la femme dans la société ainsi que sur le conflit psychologique. Grâce à ce fondement littéraire, Plyta va très vite passer de la page à l’écran.
C’est en 1953 que Eva est réalisé. C’est le quatrième film de Plyta. L’histoire nous plonge directement dans le quotidien de Eva, cette jeune femme fraichement mariée à un homme (bien) plus vieux qu’elle, qui semble bon au premier abord mais profondément ennuyeux. Le couple quitte Athènes pour passer leurs vacances sur une île grecque, nous introduisant nous, spectateurs, dans un décor paradisiaque qui va pourtant se révéler dramatique au fil du film. C’est là que Eva va faire la rencontre d’Antinoos, un jeune homme romantique et passionné (tout le contraire de son mari). On découvre très vite qu’une alchimie se crée entre les deux personnages mêlant attraction et passion. Elle va entamer une liaison « clandestine » et tumultueuse. Cependant, le secret reste de courte durée puisque les rumeurs commencent à envenimer la faible population de l’île et très vite, le mari de Eva va finir par découvrir la vérité. À travers le personnage de Eva, Plyta dénonce fortement l’enferment de la femme et le désir féminin.
En effet, Eva défit très clairement les normes sociales imposées aux femmes de l’époque.

Je trouve que le personnage de Eva s’impose profondément comme un personnage avant-gardiste pour le cinéma grec (en tout cas). Là où la majeure partie des femmes étaient réduites à un rôle de victime, Plyta créée une femme complexe qui sait ce qu’elle veut et ce qu’elle mérite. Elle montre que le mariage est souvent une prison pour les femmes, qui s’oublient pour faire « plaisir » à leur mari mais aussi pour être conformes à la société. Eva choisit de suivre son envie et son chemin en assumant cette liaison, quitte à être rejetée par tout le village. Elle devient figure de révolte car elle demande déjà des libertés pour lesquelles les femmes se battront des années plus tard et ne cesseront jamais de se battre pour obtenir cette égalité.
Pourtant, malgré toutes les promesses de ce synopsis saisissant, le visionnage en lui même m’a laissé un goût assez amer. Malgré maintes tentatives d’apprécier le film, j’avoue ne pas l’avoir aimé au point où je l’aurais voulu… Ce qui m’a frappé et me bloqué dès les premières minutes du film, c’est le jeu des acteurs. On a là une interprétation extrêmement théâtrale où chaque dialogue est surjoué et chaque émotion soulignée de manière très lourde. Il n’est pas faute de dire que cela manque de naturel et qu’à l’écran, cela nous empêche de ressentir la passion comme il se doit.
Pour ne rien arranger, cette théâtralité est renforcée par des dialogues d’une platitude déconcertante. Les répliques s’enchaînent sans profondeur sans cette poésie ou encore cette passion que l’on pouvait espérer de la part de Plyta qui, je le rappelle, est une romancière avant d’être une cinéaste. Il m’est dommage de dire que l’on passe à côté d’un mélodrame psychologique pour se retrouver avec un film sans vraiment de profondeur.
Mais malgré cette déception, je ressors du cinéma avec un avis très paradoxal car, si le film m’a ennuyée par moments, je reste admirative du travail de Plyta pour sa génération. Plyta n’était pas seulement une réalisatrice, elle était aussi une pionnière.

Alors, même si Eva souffre profondément de ses maladresses techniques et visuelles, le travail de Plyta nous pousse à lui devoir du respect. Eva vaut la peine d’être vu et analysé. C’est une oeuvre imparfaite mais un témoignage fort du féminisme. Et Cannes Classics a eu entièrement raison de le faire sortir de l’oubli.
Rose Morales.


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