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"Adieu ma concubine" de Chen Kaige, une monumentale fresque mêlant violence historique et amour artistique

  • Photo du rédacteur: Lucas Amores
    Lucas Amores
  • 18 mai
  • 4 min de lecture

Adieu ma concubine est ce que l’on peut qualifier de chef d’œuvre, aussi bien visuel que narratif. Sur les 2h51 du film, chaque plan serait digne d’être à lui seul un tableau exposé dans une galerie. Vous vous doutez bien que c’est avec peu de surprise qu’il reçut la Palme d’or de 1993 !

Mais avant de nous emballer, Adieu ma concubine, de quoi ça parle ? C’est très simple : d’opéra, d’amour, de politique, de guerre, de loyauté, de sacrifices. Nous suivons au sein de ce long-métrage deux amis, Dieyi et Shitou, entraînés toute leur vie pour faire parti du prestigieux Opéra de Pékin. Devenus de célèbres artistes, l’entrée de Juxian, interprétée par la merveilleuse Gong Li présente durant la projection, dans la vie de Shitou va entraîner la jalousie dévastatrice et drôlement grinçante de Dieyi, alors que les deux amis évoluent au sein d’un Pékin se faisant le théâtre d’évolutions politiques, sociales et artistiques .


Dieyi et Shitou durant une représentation de l'opéra Adieu ma concubine
Dieyi et Shitou durant une représentation de l'opéra Adieu ma concubine

A travers son film, le cinéaste Chen Kaige nous propose une illustration des diverses formes de la violence. Celle-ci s’exprime tout du long de par son aspect historique rythmé par des guerres et des révolutions qui impactent directement l’Opéra de Pékin. Cela s’illustre notamment par un détail qui peut, de prime abord, nous échapper mais qui m’a paru essentiel : l’évolution de la place du public. Ce dernier, dans un premier temps dynamique et participatif en se manifestant par des cris, debout, réagissant vivement aux moindres rebondissements du spectacle, va par la suite devenir neutre et passif lorsque la ville se retrouve sous l’autorité japonaise. Ainsi, on peut se demander quelle importance a le public dans le milieu de l’art ! Devons-nous rester passif, le silence étant symbole de respect, ou devons-nous au contraire laisser sortir nos émotions pour les partager avec les artistes et les autres spectateurs qui assistent à la même représentation que nous ? Je vous laisse vous faire votre propre avis !

Pour en revenir au thème de la violence, celle-ci s’illustre également dans le milieu artistique au sein duquel Dieyi et Shitou évoluent. L’Opéra de Pékin s’avère être un domaine où chaque carrière se construit par des sacrifices, où chaque artiste fait un don total de son être. Dès leur plus jeune âge, ils sont entraînés pour devenir de futurs artistes complets : renforcement musculaire, souplesse, mémoire, chant… le tout dirigé à coups de bâtons et d’insultes. L’autorité y est poussée à son paroxysme avec le directeur qui affirme lors d’un énième coup de ceinture : « Je te battrai jusqu’à la mort s’il le faut ». Étrange comme manière de motiver les jeunes artistes, non ? D’ailleurs, la clé d’entrée de Dieyi au sein du camp d’entraînement est son premier sacrifice, contraint de couper son sixième doigt dû à une malformation.


Malgré cette violence qui semble dominer la mise en scène de Chen Kaige, il ne faut pas que nous en oublions la beauté époustouflante des images ! Tout le film repose sur un jeu de contraste des lumières qui sculptent l’espace, parfois chaude et orangée avec des bougies ou le soleil, et retravaillent les corps présents sur scène, notamment par l’utilisation de projecteurs visibles. Ce n’est donc plus seulement le choix des angles, mais bien la lumière et la colorimétrie qui nous révèlent certains aspects psychologiques des personnages. Prenons par exemple la deuxième séquence, où nous plongeons dans les souvenirs d’enfance de Dieyi. Débutant par un noir et blanc parsemé de teintes rouges, l’image va alors être traversée par la couleur lorsque le jeune Dieyi est emmené au camp d’entraînement des futurs artistes par sa mère qui ne peut plus s’occuper de lui. C’est comme si l’Opéra de Pékin était pour lui une révélation, donnant un sens à sa vie en colorant son existence. N’oublions pas non plus les métiers du HMC qui exécutent ici un travail titanesque ! Les costumes traditionnels, vifs et imposants, prennent possession de l’espace. Quant aux maquillages, ils sont à la fois épurés pour Dieyi et fortement marqués pour Shitou, partageant des informations cruciales sur les personnages qu’ils incarnent dans leurs représentations de Adieu ma concubine. C’est comme si chaque personnage de l’opéra était une œuvre d’art à part entière, ce qui semble impacter la vie personnelle de Dieyi. Ce personnage complexe est alors le reflet de l’artiste habité par son art, ne vivant que pour cela, faisant de lui une icône de l'Opéra de Pékin malgré son caractère assez prétentieux. En somme, il est une véritable diva et il le sait ! C’est d’ailleurs l’excuse que Shitou trouvera pour expliquer que son ami ait continué de jouer sous l’autorité japonaise : il ne vit que pour l’opéra.


Pour finir, il me semble primordial de vous rappeler que ce film fut en partie censuré lors de sa sortie en Chine pour son traitement de la Révolution culturelle mais aussi de l’homosexualité. Ici, l’orientation sexuelle n’est pas un sujet tabou autour duquel toute l’intrigue se construit : c’est un thème que Chen Kaige traite comme banal, tel un détail qui n’est en aucun cas un élément perturbateur. Adieu ma concubine ne joue pas sur l’homosexualité mais l’accepte de la manière dont cela devrait toujours l’être : une simple banalité.


Vous l’aurez compris, je ne peux que vivement vous recommander de voir

Adieu ma concubine. Attention cependant : vous risquez d’en prendre plein les yeux et d’être charmés par la merveilleuse Gong Li, ici Juxian ! En espérant que cette brève lecture vous aura donné l’envie de découvrir ce film, je vous souhaite un bon visionnage !


Lucas Amores

 
 
 

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